(L'article du journal Vancouver Sun datant du 23 mars l988, relate l'histoire de Tenimgyet chef héréditaire Gitxsan s'exprimant par des gestes traditionnels suite à son témoignage à la Cour de Vancouver. Les chefs Gitxsan de passage, mettaient en valeur leur mode traditionnel de se gouverner au moment où le procès Delgamuukw se déroulait à Vancouver.)
Le chef du clan des Loups Gitwangak Tenimgyet a tenu mardi soir, une festivité traditionnelle gitxsanne dans un édifice du centre-ville de Vancouver en fermant de façon symbolique le coffret de cèdre contenant les possessions les plus précieuses de sa famille.
Sous des lumières fluorescentes d'un bureau du troisième étage, en face des bureaux de la cour de Robson Square, rue Hornby, 40 invités mangèrent du poulet, de la graisse d’oolichan, de l'algue marine séchée, du gâteau et des bleuets. Il y eut cadeaux, discours, prières et chansons.
Ce fut une fête d'action de grâce, une prière de demande de bénédictions et une occasion pour Tenimgyet de dire ses adieux.
Tenimgyet, dont le nom anglais est Art Matthews, allait retrouver son emploi à la scierie de Westar Timber près de Terrace aujourd'hui-même après avoir passé trois semaines à Vancouver comme témoin principal dans un des plus audacieux cas juridique de revendications territoriales qu'on ait entendu dans une cour de la C.-B.
Depuis les huit derniers jours, dont trois consistèrent en contre-interrogation par les avocats du procureur de la couronne Brian Smith, le vieux limeur de scie âgé de 47 ans, a dû subir la pénible épreuve de raconter son ada'ox, le contenu de son précieux coffret symbolique.
Ada'ox est un mot gitxsan difficile à traduire ; il comporte l'histoire des peuples, l'étymologie des noms, des cartes géographiques, des sagas, des symboles, des mythes, des lois, des généalogies, le rang et le devoir social. Un ada'ox est étroitement surveillé.
Depuis le mois de mai dernier, l’ada’ox a fait partie de la majorité de la preuve soumise par les treize témoins autochtones dans cette cause de référence de la Cour Suprême de la C.-B. dans laquelle 54 Chefs héréditaires représentant 76 lignées familiales des Gitksans et des Wet’suwet’ens revendiquent 57,000 kilomètres carrés dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique.
Démarche sans succès
L’utilisation de l’ada’ox (prononcé adowk) a parfois posé des devinettes pour le Juge Allan McEachern de la Cour Suprême de la C.-B.—une exception à la règle des ouï-dire que le juge a permis mais qu’il décrit comme étant « presqu’inconnu parmi nos lois. »
Et cela a été l’objet d’une démarche sans succès par les Chefs de demander que la Cour protége les droits d’auteur de la transcription légale afin de prévenir la mauvaise utilisation de l’ada’ox.
Mais les plaignants ont été forcés à ouvrir leur coffret de cèdre, comme ils disent, puisque la position des avocats du gouvernement provincial est aussi catégorique que celle des autochtones.
Le bureau du procureur général a dit à la cour que le titre aborigène sur la terre n'existe pas, qu'il n'existe pas non plus un peuple gitxsan ou wet'suwet'en distinct et qu'également il n'existe pas une loi gitksanne et wet'suwet'en distincte. On rejète l'ada'ox en disant que c'est tout simplement un ramassage de contes folkloriques.
Les avocats des Chefs ont donc été obligés de démontrer les pratiques continues de propriété sur les territoires autochtones qui ont commencé il y a plusieurs milliers d’années et qui continuent encore aujourd’hui.
Un témoignage que Tenimgyet a tiré de son ada'ox pour les procédures de la cour inclut un récit qui date de plusieurs générations. On raconte qu'un lion féroce remonta la rivière Skeena et dévora une femme qui pleurait. Il menaça toute la campagne jusqu'à ce qu'il fut pourchassé vers la rivière où il se noya.
Un autre chapître de son ada'ox qui confère des renseignements sur la chasse et des méthodes de conservation, ainsi que fournissant de manière précise l'emplacement et les frontières de la lignée familiale de Tenimgyet, est le récit d'une jeune femme enlevée par des ours bruns dans le lieu connu présentement sous le nom de Sand Lake, au nord-est de Gitwangak.
Ce témoignage est vital dans la détermination des noms des territoires comme celui de Tenimgyet et l’histoire qui appartient à sa maison.
Un autre chapitre de son ada’ox, qui fournit des instructions sur la chasse, et les méthodes de conservation, accompagnés de localisations précises des frontières des maisons, est un compte rendu d’une jeune femme kidnappée par un ours grizzli dans la région de Sand Lake, au nord-est de Gitwangak.
Les connaissances entourant la chasse à l'ours parmi les membres de la lignée familiale Tenimgyet découlent des leçons apprises par la jeune femme lors de sa captivité. Le mot Tenimgyet signifie moitié homme, moitié ours.
Mais les Chefs héréditaires prétendent que la propriété non-abandonnée est aussi fondée dans la loi constitutionnelle contemporaine.
Ententes coloniales
Aucun traité n’a été signé à l’ouest des Rocheuses à part quelques ententes coloniales au sud de l’île de Vancouver. La Proclamation Royale de 1763 exigeait la conclusion de traités avant la colonisation mais le gouvernement de la Colombie Britannique a refusé d’admettre, depuis son émergence en 1871, toute responsabilité de conclure des traités.
Ainsi, la masse de terre entière située à l’ouest des Rocheuses est sujette à 21 revendications territoriales.
Les Nisga’a, voisins des Gitksans, sont engagés dans les seuls pourparlers actuels en C.-B. Tous les autres groupes attendent leur tour pour négocier avec le gouvernement fédéral (le gouvernement provincial a refusé de participer dans les négociations).
Les Nisga’a ont presque gagné la reconnaissance de leur territoires traditionnels dans une décision de la Cour Suprême du Canada de 1973 et rien n’a jamais donné autant d’espoir aux autochtones jusqu’attend que les Chefs des Gitksans et des Wet’suwet’ens aient amené leur cause en Cour en mai dernier.